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Interview exclusive de maître Francis Vuillemin, avocat d’Abdelhakim Sefrioui

October 23, 2026
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Cela fait aujourd’hui six ans que l’imam et militant pro-palestinien Abdulhakim Sefrioui a été arrêté et incarcéré par la police française en application de la législation antiterroriste.

Imam respecté, Abdelhakim a été condamné pour « association de malfaiteurs à caractère terroriste » après avoir publié une vidéo dénonçant la diffusion de caricatures islamophobes du prophète Mohammed(que la paix soit sur lui) par un enseignant du secondaire.

C’est un jeune homme sans aucun lien avec Sefrioui qui a tué cet enseignant ; pourtant, l’État français islamophobe a décidé de condamner Sefrioui à plus de 15 ans de prison.

Six ans plus tard, nous nous sommes entretenus avec son avocat au sujet de son affaire.

Lisez notre interview complète ci-dessous :

  • Pourriez-vous vous présenter ? Comment vous êtes-vous retrouvé impliqué dans cette affaire et pourquoi la jugez-vous importante ? 

Je suis Francis Vuillemin, avocat au Barreau de Paris depuis plus de trente ans. J’ai connu des affaires et parfois des clients très difficiles, Maurice Papon, Ilich Ramirez Sanchez alias Carlos, John Galliano, les massacres de l’Ordre du Temple Solaire ou Ziad Takkieddine par exemple. Des procès judiciairement très durs et médiatiquement exposés face à l’opprobre de l’opinion. Il n’est pas totalement étonnant que l’entourage  de Abdelhakim Sefrioui lui ait soufflé mon nom.

L'affaire Paty est cruciale car elle touche aux libertés publiques, en particulier la liberté d’opinion et d’indignation face à certaines méthodes pédagogiques discriminatoires qui persistent à bas bruit dans le système scolaire français.

  • Au cours du procès, vous avez accusé Samuel Paty d’avoir discriminé des élèves musulmans. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

Les pieces du dossier, c’est à dire les multiples auditions, notamment de nombreux élèves de Samuel Paty sur plusieurs années, établissent de la façon la plus claire que depuis 2017 au collège du Bois-d’Aulnes, soit pour 8 classes de 4ème sur 4 années scolaires au moins, le professeur faisait un premier choix pédagogique en décidant de montrer trois, parfois quatre caricatures de Charlie Hebdo portant exclusivement sur Mohamed, ne concernant donc jamais aucune autre religion que l’islam. Cela révèle déjà une forme d’obsession malsaine ciblant l’islam, tant la variété des sujets de caricature était totalement absente de ses cours sur la liberté d’expression: l’islam et seulement l’islam et uniquement Mohamed, rien d’autre... Ce choix pédagogique était suivi d’un second: montrer une caricature quasi pornographique de Mohamed. Là encore, on peut s’interroger sur les motivations de l’enseignant mais attention, rien n’est alors illicite. Il avait le droit de procéder de la sorte. En revanche, là où tout bascule, c’est lorsque Samuel Paty, avant de montrer la caricature “trash” comme il l’appelait lui-même, demandait systématiquement aux élèves musulmans de se designer (près de vingt élèves concernés par ces méthodes les ont décrites sur plusieurs années) en levant la main, avant ensuite de leur suggérer de sortir s’ils pensaient être choqués… La quasi totalité des musulmans, 5 à 7 élèves en général, sortaient alors systématiquement de la salle de classe, dont certains rapportent un sentiment d’obligation “même si le prof le disait gentiment”, ou encore un sentiment d’humiliation et de discrimination notamment au retour dans la salle de classe, après la diffusion de la caricature sexualisée de Mahomet et sans pouvoir alors participer utilement au débat avec les autres élèves puisque les musulmans ne savaient pas ce qui avait été montré… Étrange pédagogie. Quand une jeune fille à la peau claire, aux prénom et nom “bien français“, a levé un jour la main comme les autres musulmans afin de pouvoir sortir de la salle de classe le temps de la  projection du dessin sexualisé de Mohamed, Samuel Paty lui a d’abord dit “non, pas toi !“ croyant qu’elle n’était pas musulmane, avant finalement de l'autoriser à sortir après justification de sa religion: son père français s’était converti à l’islam et sa mère d’origine algérienne avait déjà cette confession. En d’autres termes, seuls les musulmans étaient autorisés à sortir par le professeur, mais pas les élèves d’autres confessions religieuses…

Cette pédagogie bancale fut mise en oeuvre pendant des années avec des centaines d’élèves et, contrairement à la légende médiatique véhiculée par les parties civiles, leurs avocats et leur lobbies politiques d’opinion, ce ne fut pas une erreur simple ponctuelle de Samuel Paty. C’était une pédagogie discriminatoire envers les élèves musulmans sous le mauvais prétexte de les protéger prétendument du choc pornographique de l’image du prophète, une méthode pédagogique inadmissible dans l’école de la République.

  • Bien qu’il ait été reconnu que le meurtrier n’avait visionné la vidéo d’Abdelhakim Sefrioui qu’après avoir commis son crime, le tribunal a prononcé une peine étonnamment lourde. Quel mécanisme juridique a été utilisé ? 

Attention, le procès a parfaitement établi que le terroriste Anzorov n’avait jamais vu, ni avant, ni même après son crime, la video réalisée par Abdelhakim Sefrioui. Il a d’ailleurs été abattu dans les minutes immédiates après l’assassinat de Samuel Paty. Seule la video réalisée par Brahim Chnina, père de la petite Zayna, a été visionnée par Anzorov. Pour condamner dans le même sac un père de famille (Chnina) et un militant des droits de musulmans (Sefrioui), la justice française a utilisé d’une façon extensive, sans limite aucune et déformant le droit, la qualification d’association de malfaiteurs terroriste criminelle (AMT) en estimant que Messieurs Chnina et Sefrioui avaient agi de façon concertée en dénonçant sur les réseaux sociaux la pédagogie discriminatoire de Samuel Paty alors qu’ils auraient dû avoir conscience du risque terroriste planant en France face aux caricatures des Mohamed ! C’est une application totalement liberticide de la notion d’association de malfaiteurs terroriste qui conduit ainsi à condamner comme terroristes un père de famille et un militant associatif n’ayant strictement aucun rapport avec le terrorisme mais constestant simplement – de façon maladroite certes mais en aucun cas criminelle – la teneur discriminatoire envers les enfants musulmans des cours de Samuel Paty.

  • Cette affaire met-elle en lumière une islamophobie plus large, structurelle ? L'État de droit et le respect des procédures légales s'appliquent-ils véritablement aux musulmans ?

Oui, cette affaire met en evidence de manière éclatante une islamophobie structurelle de l’État français à travers le bras armé de sa justice antiterroriste qui applique à une population – les Musulmans – une jurisprudence spécifique. J’ai même parlé de l’AMT devenue l’association des musulmans terroristes pour montrer à quel point la cour d’assises spéciale avait torturé le droit pour l’adapter à une situation qui n’avait rien à voir avec le terrorisme. Car l’affaire Paty se résume en réalité en quelques mots: la jeune Zayna ment à son père Brahim Chnina quant à sa présence au cours de Samuel Paty… mais Zayna dit aussi la vérité en décrivant la réalité discriminante de ce cours donné depuis quatre ans. Le père s’émeut alors et s’emballe sur les réseaux sociaux puis Abdelhakim Sefrioui se joint à cette protestation dont la cause est légitime en sollicitant notamment un rendez-vous avec la directrice de l’établissement scolaire… Mais Anzorov, jeune Tchétchène, surfe sur les réseaux et, tombant sur la polémique et obsédé, lui, par la caricature semi-pornographique de son prophète et non par la discrimination (seule préoccupation de Chnina et Sefrioui), décide de décapiter le professeur. Chnina et Sefrioui n’ont strictement rien à voir avec la decision folle et autonome d’un terroriste sorti de nulle part!

  • Pensez-vous que son engagement antisioniste a été utilisé contre lui ? 

Évidemment. L’accusation et les parties civiles ont usé et abusé contre lui de rapprochements systématiques entre la résistance palestinienne et le terrorisme pour salir à tout prix l’image d’Abdelhakim Sefrioui en tentant de le rapprocher d’un univers terroriste qu’il a au contraire toujours fermement condamné.

  • Ce jugement constitue-t-il un avertissement islamophobe à l'intention des musulmans engagés politiquement ?

Ce jugement peut en tout cas être source d’inquiétude pour la liberté d’opinion, de religion, de penser de critiquer, et de protester contre les discriminations en revendiquant des droits parfois légitimes. Car nul n’est à l’abri d’un fou qui sort du bois pour accomplir sa folie en se nourrissant de l’effervescence électronique des réseaux.

  • Quelles sont les prochaines voies de recours juridiques désormais ouvertes ?

Le pourvoi en cassation formé immédiatement après la condamnation est en cours d’examen. Avec de nombreux moyens de cassation, dont notamment la critique sévère de l’application extensive folle et liberticide de l’association de malfaiteurs terroriste à des personnes qui n’ont jamais voulu que soit exercée la moindre violence physique contre Samuel Paty. L’objectif était seulement d’obtenir des sanctions administratives disciplinaires contre l’enseignant, et surtout que cesse cette malheureuse pédagogie, dont chacun devrait s’accorder à dire qu’elle posait de graves problèmes.

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